Brésil : désordre et déclin

     61 sénateurs contre 20 avaient voté la destitution de Dilma Rousseff fin août 2016. Depuis ce coup d’état parlementaire, le Brésil continue son déclin politique entre corruption (malheureusement devenu habituelle), scandales, vacillement et protestations.

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     Michel Temer, l’ancien vice-président, assure le poste de chef d’état par intérim depuis le départ de l’Alvorada de son successeur. Celui qui a participé à la chute de Rousseff est très impopulaire : en décembre dernier, 63% de la population brésilienne souhaitait le voir démissionner¹. Temer dispose d’une majorité parlementaire, lui permettant donc de penser qu’il ne subira pas le même sort que l’ex-présidente. 

     La destituée est issue du Parti des Travailleurs (PT), à gauche sur le paysage politique brésilien, à l’inverse de l’actuel président, plus à droite, au cœur de la coalition de son parti : le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB) dans l’immense scandale qui touche le groupe pétrolier Petrobras. Lors des premiers mois de Temer à la tête du pays, six ministres étaient tombés pour corruption. 

     Progressivement lâché par les médias, le président s’est aussi mis à dos la gauche brésilienne toute entière : syndicats, militants, étudiants et professeurs. Semblable à la sourde oreille française de François Fillon², Temer ne jure que par le redressement économique de son pays quitte à se parer d’une impopularité sans précédent : 55% des Brésiliens jugent sa gestion austère « mauvaise ou lamentable »³. Les mesures prises par son gouvernement : le gel des finances publiques sur 20 ans ou la hausse du départ à la retraite à 65 ans (contre 54 avant) n’empêchent pas le chômage de monter et ainsi de toucher 13,5 millions de personnes.

     Jean-Baptiste est français et habite au Brésil. Pour lui, le pays est divisé entre nostalgie de la dictature (semblable aux nostalgiques de De Gaulle en France ou des nostalgiques de la séparation en Allemagne comme Jean-Baptiste nous le rappelle) et volonté de réformer. Il souligne enfin l’importance du slogan « Fora Temer » (« Dégage Temer » en français), extrêmement présent « dans toutes les rues ou à chaque concert » avec comme exemple l’événement annuel brésilien le plus populaire et le plus mondialisé : le carnaval de Rio (qui a eu lieu à la fin février dernier) où chaque groupe de musique glissait ce slogan dans ses paroles et la foule reprenait en cœur.

     L’opposition grandissante n’a pas tardé à se rassembler. D’abord à la mi-mars quand des dizaines de milliers de manifestants étaient sortis dans les rues pour contester l’austérité puis ce vendredi quand une somme équivalente de Brésiliens est descendue « s’échauffer » pour la grève générale prévue le 28 avril. 

 

 

¹ « Au Brésil, le gouvernement de Michel Temer vacille » dans Libération, par Chantal Rayes, décembre 2016

² « François Fillon choque par sa froideur face aux soignants épuisés d’une maison de retraire » dans Le Huffington Post, mars 2017

³ « Brésil : nouvelles manifestations contre les mesures d’austérité », dans Courrier International, avril 2017

 

Crédits photo : Claudemir Pereira

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