Working Class Zero : « de la sueur et de la rage » !

     « A un moment je disais qu’on était la bande originale du chaos » me dit l’un des membres de Working Class Zero. Comment mieux décrire les Brestois qui vont sortir leur deuxième album dans quelques mois ? Rencontre avec le groupe le plus énervé de l’Ouest !

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     Thier, Jam, les deux chanteurs et Bichon, le bassiste du groupe, ont accepté de répondre à mes questions. 

     La Shoah, le chaos, les dockers, le nerf social et bien sûr la working class : c’était le mélange de sujets que nous faisaient partager les Working Class Zero sur leur premier album du même nom sorti en mai 2015. Le collectif est actuellement en plein travail sur le deuxième opus qui devrait sortir, ils l’espèrent, avant l’été. « On a huit morceaux pour l’instant qu’on va jouer pour certains sur les prochains concerts. T’étais présent au P’tit Minou (bar-concert au port de Brest où les WCZ sont passés en novembre dernier) et on avait déjà joué deux nouveaux titres : Fô pô dire ça et Mira los perros » nous dit Thier. « Ce sont les riffs qui sont prêts mais on a bien avancé sur les textes dernièrement. Evidemment, on parle toujours de la classe ouvrière et surtout de la mouvance chaotique qu’on est en train de constater actuellement. Ce qu’on disait sur le dernier album se perpétue et s’amplifie, signale Jam, Working Class Zero c’est une constatation du chaos que représente la haute finance. Le problème est occidental et économique. C’est aussi un soucis de mensonge : on parle d’Alep mais ce n’est pas pire que le Yémen par exemple, sauf qu’on n’en parle pas parce que nous vendons des armes aux Saoudiens pour taper sur le Yémen, c’est cent fois pire que Alep. Alep bien sûr que c’est dramatique mais je ne vois pas pourquoi cela a pris une telle ampleur médiatique alors que des faits similaires se déroulent ailleurs. » Le chanteur des Working nous donne alors sa version des médias : « On a l’impression d’avoir une presse libre mais ils disent tous la même chose, pour moi elle n’est pas libre. Je préfère avoir un seul journal qui dit la vérité plutôt que cent qui disent de la merde. Dans les médias consensuels il y a les bons et les méchants alors que c’est beaucoup plus complexe que ça, c’est la haute finance qui orchestre tout ça. Le problème c’est que les gens s’en rendent compte et finissent par faire des conneries : aux Etats-Unis, Clinton c’était la haute finance, pour l’éviter les gens sont allés au pire et ici ce sera pareil. »

     La classe politique n’échappe pas à l’énervement du groupe brestois à l’image de Manuel Valls qui devrait en prendre, implicitement, pour son grade sur l’album à venir. Naturellement je leur demande si un renouvellement de la classe politique serait une solution. Après un long silence, Jam se lance : « Je pense qu’il faudrait plus de démocratie directe. Pour l’instant tout le monde se fait baiser par le système alors oui effectivement il faudrait foutre tout ça en l’air. » Thier enchaîne : « C’est toujours le petit peuple qui est obligé de faire les efforts alors que tous ces énarques qui ont fait le même banc d’école ont des privilèges et si jamais ils n’en veulent pas, ils sont mis de côté. Au bout d’un moment les efforts ça suffit. Je ne sais pas si une révolution a servi à quelque chose si l’on parle des révolutions sociales qui il y a pu y avoir avec la classe ouvrière. On en revient à la monarchie parce que rien ne bouge : les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres. On est pris pour des cons et ça fait des années que ça dure. Tous les droits qui ont été acquis sont en train de se résorber, ce sont toujours les mêmes qui trinquent. Parfois on aimerait bien dire aux gens de penser avec leur tête et non pas avec leur cul. »

     Les Working Class Zero ont fêté les 10 ans des Ramoneurs de Menhirs lors d’un concert unique début novembre 2016 avec les Sales Majestés, Nevrotic Explosion et Tagada Jones. Au moment d’en parler, Bichon nous rejoint : « On a joué plusieurs fois avec eux, le contact était bien passé et en fait c’est vraiment venu d’eux, ce sont eux qui nous ont invité à cette soirée. Le délire de notre groupe leur plaît, on est dans le même état d’esprit. » Avec les Ramoneurs, il y a Loran, fondateur des Bérurier Noir. « J’aime beaucoup sa démarche, nous fait remarquer Thier, même si parfois il est un peu extrême, il y va à fond et je trouve ça excellent ! Même au niveau des tarifs que ce soit la bière, l’entrée des concerts, etc c’est au ras des pâquerettes. Il est droit dans ses bottes, j’apprécie vraiment le personnage. »

     En parlant de prix bas, le nombreux merchandising des Working est accessible : « On essaye de faire au maximum pour répondre aux demandes du public, poursuit Thier, ça nous plaît quand tout le monde peut tirer son épingle du jeu. Le merch permet d’avoir un fond de roulement qui va servir pour du matos ou pour les enregistrements. On a toujours besoin de fonds pour des cordes de guitare, une pédale à changer, un truc qui pète, etc. » Bichon insiste « C’est économique mais dans le sens du nécessaire, on ne vit pas de Working Class Zero donc cela nous sert uniquement à la vie du groupe. C’est comme ce que l’on touche lorsqu’on fait des concerts. Quoique ça nous arrive d’être payés directement par la société de production pour les membres du groupes qui sont intermittents du spectacle comme cela avait été le cas pour notre première partie de Mass Hysteria à La Carène où Diogène nous avait fait un contrat. » Anciens membres d’un autre groupe, Jam lui rappelle « On faisait ça du temps de No Place For Soul dans le même esprit, ça avait bien marché alors on a repris l’idée. C’est surtout pour diffuser notre image que l’on fait ça. »

     WCZ c’est du punk à première vue mais eux préfèrent se définir comme étant du crossover charbonique. « Je pense que c’est du rock au sens assez large, nous dit Bichon, c’est du big rock. Crossover en Angleterre c’était une vague d’un sorte de mélange de punk et de métal même si je pense que nous sommes un peu moins influencés par le métal. » Thier répond « Oui mais il y a quand même la petite touche Wawanesque (en référence à Erwan Disez, guitariste du groupe et ancien membre de Mass Hysteria) avec ses riffs assez métal. En fait, c’est le fruit des influences de chacun puisqu’on écoute tous du punk ou du métal, du gros rock graisseux. C’est fait avec de la sueur et de la rage. » Jam enchaîne « En même temps, le public nous dit souvent qu’il ne sait pas comment nous définir mais j’ai envie de dire tant mieux. Ça fait plaisir d’avoir inventé ce style de crossover charbonique. »

     Justement, les Working écoutent du gros rock mais ont-ils une préférence et un avis sur la musique actuelle qu’ils qualifient de « musique de merde, musique sans couille » dans leur titre Ça pousse au cul. Jam se lance « Déjà je sais ce que je n’aime pas : le rap français actuel même si certains textes ne sont pas mauvais. Ce que j’aime surtout c’est la scène locale brestoise qui connaît une bonne période avec des groupe comme Mamooth, Serpent ou le renouveau d’HHM et sinon les gros groupes  comme Queens of the Stone Age. » Thier réplique « Ce sont surtout des groupes qui tournent toujours que j’aime bien comme Bad Religion ou Social Distortion et sinon avec Bichon on aime beaucoup The Decline. »

     Les trois membres étaient à la Fête du Bruit, à Landerneau, début août 2016 (à retrouver mon compte-rendu ici) pour voir Mass Hysteria dont le chanteur est originaire de Brest. Ce soir-là, Mouss avait sorti « Que tu écoutes Indochine (présent ce soir-là aussi au festival), Working Class Zero ou Mass Hysteria, tu respectes ». Thier commente « Chacun peut faire son style de musique, que tu aimes ou que tu n’aimes pas tu dois respecter. Là, il parle d’Indochine, c’est vrai que Mouss ne doit pas spécialement aimer leur musique mais tu te dois de respecter quand même ce qu’ils font. Tant qu’Indochine ne devient pas un groupe de fachos, tu peux toujours respecter. »

     Après une discussion où les membres parlent des concerts qu’ils ont fait, Jam remarque « On ne fait pas beaucoup de concerts. Notre batteur est avec les Merzhin aussi, chacun a son boulot à côté donc forcément c’est parfois compliqué de trouver des dates même si les propositions ne manquent pas et ce même à l’étranger puisqu’on a déjà eu des avances en Hollande ou en Angleterre. » Les WCZ vont tout de même sortir de Bretagne prochainement puisque les 27 et 28 janvier ils seront au Havre puis à Cherbourg. En parlant de dates, ils pensent à celle du 4 août à Landunvez, au festival de la Mer. Bichon explique « Ça fait maintenant trois ans qu’on déclinait leur invitation puisqu’on n’avait jamais la possibilité de le faire mais cette année on s’est mis d’accord pour y aller. C’est Momo, un des organisateurs que l’on connaît qui voulait nous programmer depuis un moment. » Thier se réjouit « On est content d’y aller pour Momo, on a calé la date même si ce n’était pas facile puisque notre batteur a une date avec Merzhin le 5. »

     Working Class Zero sera également au Vauban, à Brest le 10 février et le 4 mars à Rennes.

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