Bleu Pétrole, tant de nuits à l’écouter

     Il n’y a pas longtemps, je redécouvrais de très bonnes chansons d’Alain Bashung comme Légère éclaircie ou Volontaire grâce à l’excellent album live qu’est Dimanches à l’Elysée, enregistré majoritairement à l’Elysée Montmartre. Ce disque contient les classiques mais aussi et surtout le dernier album de Bashung avant que le cancer ne l’emporte en mars 2009. Bleu pétrole est, pour moi, le meilleur album du chanteur le plus primé de l’histoire des Victoires de la Musique.

     En parlant des Victoires de la Musique, mon dernier souvenir de Bashung est de voir cet homme au chapeau en recevoir trois sous les honneurs et la pensée de chacun que ce grand monsieur du rock français ne serait plus parmi nous dans peu de temps. Ce fut le cas puisque quinze jours plus tard, Alain Bashung partait… L’album Bleu Pétrole fait beaucoup penser, dans l’idée, au quatrième volet des American Recordings de Johnny Cash : The man comes around, également paru quelques mois avant la mort du « man in black ».

     On peut d’ailleurs comparer Hurt de Johnny Cash avec Comme un lego, écrit et composé par Gérard Manset puis interprété par Alain Bashung : ce sont deux chansons pessimistes, l’une évoquant la mort, la douleur et la solitude et l’autre parlant d’une société où tout individu est dépourvu de ses sens (le lego) même si l’optimisme est un petit peu présent (à plusieurs, les legos peuvent former quelque chose). Cette chanson reste tout de même très noire : les tout-puissants sont faibles, la vie est un jeu, certes, mais un terrible et cruel jeu, l’Histoire est pénible, la Terre est perdue et remplie de cupidité (« C’est un grand terrain de nulle part, avec de belles poignées d’argent »).

     L’album Bleu Pétrole est en grande partie un travail de Gaëtan Roussel (présent à l’écriture et/ou la composition sur 6 des 11 titres) et cela se ressent énormément. Le disque s’ouvre sur Je t’ai manqué avec un refrain très dynamique comme souvent chez le leader de Louise Attaque. La chanson où l’on remarque le plus sa patte est sûrement Hier à Sousse qui pourrait figurer sur un album solo de Gaëtan Roussel sans aucune surprise (influences électroniques, répétitions, jeux de mots, etc).

     Les chansons du 14e album d’Alain Bashung ont une portée politique à l’image de Résidents de la République où le chanteur et l’écrivain dénoncent des hommes politiques trop virulents, contrariants et imprécis. Explications avec ce papier de 2008 par Libé. Les différentes chansons sont elles, également, très contradictoires, à l’image de Je t’ai manqué qui nous parle autant d’amour que de haine. Cette haine, on la retrouve aussi dans Je tuerai la pianiste, chanson violente et pas uniquement par son titre.

     Tant de nuits est sûrement la chanson la plus dure émotionnellement de ce disque. Tiraillé entre fidélité et tromperie : Bashung veut nous faire croire à l’association de l’amour et du mensonge. Sans adhérer à cette idée, la chanson porte un regard plus lointain tout de même : on a toujours besoin des bras de cet « ange » dont il parle. Titre humaniste aussi proche du malheur que du bon souvenir et de l’espoir, Tant de nuits est simplement magnifique.

Bleu Pétrole est le meilleur album d’Alain Bashung même si je conçois que certains préféreraient mettre Osez Jospéhine ou Fantaisie Militaire devant, ce qui n’a rien d’illogique. Cet album m’a fait grandir et m’a appris des choses sur la vie, il est au Panthéon du rock français à l’image de son (ou ses) auteur(s). 

 

 

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