De Lima vaut de l’or

C’est les vacances, la plage, la piscine, le soleil, tout ça tout ça alors cette semaine je n’ai pas vraiment eu le temps d’écrire mais comme les Jeux Olympiques arrivent, je mets, pour cette semaine, un papier que j’avais écris sur mon premier blog qui parle du marathon aux JO d’Athènes en 2004. Vanderlei De Lima étant un athlète brésilien ça colle avec Rio non ?

 

     Le marathon est l’une des épreuves mythiques des Jeux Olympiques. 42, 195 km de souffrance sur le bitume, deux heures et quelques minutes à tenir, Vanderlei de Lima sait tout ça. En quinze années de compétition avalées à grandes enjambées, le petit athlète brésilien a déroulé ses foulées sur toute la planète. Avec bonheur parfois, puisqu’il possède deux titres aux Jeux panaméricains et des succès à Hambourg, Sao Paulo et Tokyo. Mais là, dans la fin d’après-midi suffocante d’un dimanche athénien, ce 29 août 2004, il n’a encore jamais connu pareille situation. Après 36 kilomètres de course, il est en tête du marathon olympique. 28 petites secondes d’avance sur l’Italien Baldini, c’est la marge du rêve. Il a mis une saison à se préparer au Brésil et en Bolivie pour l’objectif olympique. Son histoire est en marche au rythme de ses foulées.
     Quand il s’est élancé à 17h, depuis la commune de Marathon et le site olympique où le tout premier marathon de l’histoire des Jeux fut couru en 1896, il est tout juste un outsider dans une course où le Kenyan Tergat et l’Italien Baldini assument leurs statuts de favoris. 47e à Atlanta, 75e à Sydney, le CV olympique de de Lima, au dossard 1234, n’affole ni chronos ni pronos.
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     Mais aujourd’hui, dimanche, c’est lui le seigneur du jour. Oubliée la légende rocambolesque, qui donne une solennité à cet événement, du soldat Phidippidès parcourant la distance entre Marathon et Athènes pour annoncer la victoire des Grecs sur les Perses. A la hauteur de la statue du héros antique, à mi-parcours, de Lima n’a pas un regard pour le soldat de bronze. C’est là qu’il place son attaque pour chercher l’or et le voilà qui file, encouragé par une foule massée de part et d’autre du parcours, il a surpri tout le monde. Maintenant, il lui reste six kilomètres pour rejoindre en vainqueur le stade Panathinaïkon, l’enceinte de marbre construite pour les J.O. de 1896.
     Il connaît l’arène pour être venu ici même aux Championnats du Monde d’athlétisme en 1997 mais c’est dans l’anonymat qu’il avait fini la course ce jour-là, à la 23e place. Dans la moiteur étouffante de la capitale grecque, le Brésilien sue, souffre, mais ne se retourne pas. Il suit la ligne bleue tracée sur l’asphalte neuf de l’immense avenue du centre-ville. Son avance sur les poursuivants fond lentement mais pas sa détermination.
     Courant au milieu de la chaussée, accompagné d’un policier roulant sur un VTT à côté de lui, Vanderlei ne pense qu’à sa course. C’est pourquoi il ne voit pas accourir sur sa gauche un drôle d’énergumène. Béret vert, kilt rouge, chaussettes vertes, Cornélius Horan, un prêtre irlandais défroqué, a enjambé le cordon de sécurité. Il ceinture de Lima et le pousse vers le trottoir. Horan est un récidiviste : en 2003, il était entré sur la piste du Grand Prix de F1 à Silverstone. Un geste fou qui lui avait valu deux ans de prison. Horan, en quête de publicité, a choisi le marathon olympique pour frapper, il porte sur le dos une affiche manuscrite en anglais annonçant le retour de Jésus sur terre. Le service d’ordre ne réagit pas, les spectateurs proches sont plus prompts. Polyvios Kossivas, ancien joueur de basket descendu chez lui pour voir passer les coureurs plaque Horan. L’incident a duré quatorze secondes, une éternité. Tandis que la sécurité emmène l’Irlandais, Vanderlei de Lima reprend sa route aussi sereinement que possible.
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     Deux kilomètres plus loin, fatigué et déconcentré, il est rattrapé par Stefano Baldini et l’Américain Mebrahtom Keflezighi, les seuls à s’être lancés à sa poursuite. Il reste moins de quatre kilomètres à parcourir. La chance est passée, pas la gloire.
     Quand de Lima, distancé, entre bientôt à son tour dans l’arène, les 500 000 spectateurs lui réservent une incroyable ovation. Ils ont suivi l’incident sur le grand écran du stade. Dans les derniers mètres, le Brésilien, secoué par l’émotion, lève les bras, sautille, salue, sourit. Au moment d’aller chercher sa médaille de bronze sur le podium, c’est en héros qu’il est accueilli et dans les premières réactions, avant toute amertume, il évoque juste son bonheur d’une médaille olympique. Un modèle de fair-play.
     Les louanges et la condamnation de Cornélius Horan, dès le lendemain, à un an de prison avec sursis, n’atténuent pas l’immense frustration dans le clan brésilien. Une réclamation est déposée officiellement pour demander l’attribution d’une deuxième médaille d’or pour de Lima, refus du CIO. L’appel devant le tribunal arbitral du sport se solde également par un échec. Mais le CIO décide de décerner au Brésilien la médaille Pierre de Coubertin, une distinction rare qui récompense la grande attitude fair-play de l’athlète. 
     De Lima est accueilli en héros à son retour au Brésil. Son comité olympique lui accorde la prime de victoire. A la fin de l’année 2004, il est élu sportif de l’année. Son «sauveur», Polyvios Kossivas est même invité au Brésil où il est fait citoyen d’honneur. En juillet 2005, Emanuel Rego, le volleyeur brésilien champion olympique à Athènes, veut lui offrir très officiellement sa médaille d’or lors d’une émission télé «C’est très gentil de ta part» répond Valderei «Mais je ne peux pas l’accepter, la médaille de bronze que j’ai gagné vaut largement de l’or».

Crédits photo : Culture Sport / Portalguaira

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