Le désordre du football sous Vichy

 Les guerres changent la vie d’un pays et tous les traits de sa société : exemple avec le football pendant la Seconde guerre mondiale. Sous Vichy, la France n’est plus la même nation et ressemble de très peu à celle que nous connaissons en 2016. Le football est un exemple du désordre sur lequel pouvait déboucher ce gouvernement. Changements de règles ou de dirigeants, démissions, matchs incroyables et tant de choses qui semblent inimaginables aujourd’hui : le football français de 1939 à 1945 ne manque pas de rebondissements.

      En septembre 1939, les joueurs sont mobilisés et les compétitions nationales gravement affectées dès le printemps 1940, les Allemands occupent Paris dès la mi-juin. La compétition nationale se divise rapidement en trois zones (puis deux plus tard) et la Coupe, durant les quatre prochaines années, reprend son nom d’origine, la Coupe Henri Simon. La France elle-même se sépare en deux grandes zones (le Nord occupé et la zone Sud libre de Vichy) de même qu’elle est séparée entre la collaboration et la résistance contre les envahisseurs allemands. S’il est difficile, mais toujours possible, de continuer la compétition dans la zone occupée, la zone libre, contrôlée par le régime collaborateur de Vichy, permet à son championnat annuel de jouir d’une plus grande liberté, même si certaines rencontres sont ridiculement unilatérales (par exemple, l’OM bat Avignon 20-2 en 1942). La Coupe Charles Simon reste une question nationale, disputée entre les vainqueurs respectifs de la zone occupée et de la zone libre : elle attire 45 000 spectateurs au stade de Colombes en 1942, mais comme par un commun accord, la qualité du jeu ne change pas par rapport à l’avant-guerre.

     Le régime de Vichy a un impact considérable sur le sport en général et sur le football en particulier. Ce gouvernement crée un Commissariat Général à l’Éducation générale et aux sports, il entraîne la jeunesse du pays à la gymnastique et il insiste sur les valeurs «Travail, Famille, Patrie». Ce commissariat exige des footballeurs qu’ils exercent «un métier en dehors du football», il abolit par conséquent le jeu professionnel. Pour Jean Borotra, Haut Commissaire aux sports, le sport peut être utilisé comme un moyen de régénérescence, s’il se pratique plutôt que se regarde. Dès lors, un certain niveau de compétence peut être atteint par tout le monde. La conséquence logique de ceci est pour lui la prééminence de l’amateurisme, de façon à ce que le plus de gens possible puissent participer. De même, il écarte le professionnalisme car il est lié à l’argent et au profit, alors que le sport se doit d’être «chevaleresque et désintéressé». Il déclare que l’amateurisme «marron» demeure «la cause principale de la mauvaise ambiance régnant dans certains cercles sportifs et de la déconsidération dans laquelle certains sports ont sombré ces dernières années».

     Jean Borotra impose une autre mesure draconienne : la réduction du temps de jeu de 90 à 80 minutes. De telles décisions ont comme conséquence considérable la démission de Jules Rimet de la présidence de la FFF (il se fait remplacé, jusqu’à la fin de la guerre, par Henri Jevain, président de la ligue parisienne). La situation malgré tout, reste quelque peu fluide. Le Colonel Pascot succède à Borotra à la fin de la saison 41-42, cède aux pressions exercées par la FFF et rétablit la durée des matchs à 90 minutes ainsi que le statut professionnel des joueurs (il interdit cependant aux joueurs professionnels de quitter leur équipe d’origine, il limite à 7 le nombre de professionnels par équipe). Malgré toutes ces concessions le système de transferts, déclaré illégal par Vichy, ne peut être rétabli. L’obligation de faire jouer quatre amateurs par équipe a un objectif majeur : encourager l’épanouissement de nouveaux et jeunes joueurs locaux et favoriser le développement des équipes régionales.

     Le Colonel Pascot a une autre influence sur le football au temps de la guerre par le rôle qu’il joue lors de la Coupe Henri Simon en 1943 au moment de la finale qui oppose l’OM aux Girondins de Bordeaux et qui se termine en un match nul 2-2 au Parc des Princes. Marseille se plaint de l’inscription tardive d’un des joueurs de Bordeaux et se voit alors remettre le trophée par la fédération. Le Colonel Pascot n’est pas d’accord avec cette décision et ordonne un deuxième match qui, ironiquement, se remporte par l’OM avec le score record pour l’époque de 4-0. Une fois de plus, les Haut Commissaire aux sports a supplanté la FFF, même si, dans ce cas, le trophée ne change pas de mains.

     Cependant, une initiative suivante de Pascot, quelque peu rétrograde, trouve une importance encore plus considérable : le 15 juin 1943, il annonce que, dorénavant, tous les clubs possèdent un statut d’amateur, tandis que les joueurs professionnels deviendront des fonctionnaires de l’État et joueront dans l’une des 16 équipes fédérales, qui représente chacune une région. Pascot ignore les inévitables protestations, et ce système est administré par L.B. Dancausse, qui, 12 ans plus tard, se retrouvera à la barre du nouveau jeu professionnel en France. Ces équipes fédérales permettent la continuité du football professionnel et évitent aux joueurs d’être déportés en Allemagne pour le Service de Travail Obligatoire. Mais certaines équipes disposent d’une âme très peu «régionale», la compétition fédérale manque grossièrement de moyens et de nombreux matchs ajournés ou même interrompus par l’avancée des forces alliées. L’équipe fédérale de Lens-Artois est première du classement lorsque la saison s’interrompt définitivement en 1944.

     C’est après le cessez-le-feu que le football français prend un chemin qui le mène là où nous le connaissons aujourd’hui.

Crédits photo : So Foot

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